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Le blog de la revue enchantée

Repenser ma parentalité au quotidien

Avez-vous remarquez que les principes que nous nous sommes fixés en devenant pédagogue ou parent disparaissent parfois, happés par le quotidien ? Nos idées d’éducation et d’accompagnement de nos enfants se perdent dans la routine. Or, élever un enfant est une affaire de chaque jour. Les vacances peuvent être l’occasion de faire le point et de repenser notre rôle de parent au quotidien. L’éducation se joue à chaque instant dans nos paroles, nos gestes, et dans la personne que nous sommes. Et si, en adaptant ces paramètres, nous donnions à nos enfants toutes les chances d’être vraiment eux-mêmes ? Car l’idéal de l’éducation n’est pas de former des sujets obéissants à l’autorité, mais d’accompagner les enfants pour qu’ils deviennent des êtres libres. Aussi, que nous soyons parents ou pédagogues, nous pouvons prendre ce temps de vacances scolaires pour nous poser ces questions : qu’est-ce qui agit le plus profondément sur un enfant ? Ce que je fais ? Ce que je dis ? Ou ce que je suis ?

Repenser notre rôle de parent à l’aune de nos actes : ce que je fais

En observant nos jeunes enfants, nous pouvons facilement reconnaître en eux notre façon de parler, nos gestes familiers, notre manière d’être et de réagir. Le très jeune enfant répond à notre sourire en souriant, tape des mains car il a vu des adultes le faire, tire la langue par imitation comme son grand frère. Jusqu’à 7 ans, les enfants agissent par mimétisme.

Aussi, tout ce que nous faisons devant eux a une grande importance. Que nous le voulions ou pas, nous sommes des modèles pour les enfants que nous côtoyons. Ils viennent d’un autre monde, et c’est en nous regardant qu’ils apprennent comment vivre dans ce monde qu’ils découvrent. En imitant les adultes qui les entourent, ils construisent leur identité.

Il est évident que si mes actions ne sont pas dignes d’être imitées, il vaut mieux que les enfants n’en soient pas les témoins !

C’est une lourde responsabilité de vivre avec des enfants. Ils voient tout, ils entendent tout, et dans les moindres détails.

Autorité et obéissance : redéfinir nos relations avec les enfants

Dans nos sociétés, l’éducation a longtemps été basée sur l’obéissance. Il fallait obéir aux parents, au maître d’école, au prêtre, et plus tard au roi ou au président. Et qu’obtient-on par cette méthode ? Un être soumis ou révolté, mais pas un être libre. 

Cela ne justifie pas cependant une éducation « sans contrainte », et la disparition de toute autorité. 

L’enfant a besoin de se heurter à des limites pour se percevoir lui-même. Pour ce qui est de ses limites corporelles, la dureté du sol, des objets et les lois de la pesanteur jouent ce rôle.

Pour prendre conscience de ses limites sociales, l’enfant a besoin des règles que posent les parents ou les éducateurs. Obéir à un adulte qui pose des exigences selon son humeur, n’apporte rien. Par contre, obéir à une règle claire et stable, qui s’applique à tous et toujours, permet de se sentir en sécurité et de se construire.

C’est une grande chance pour un enfant, entre 7 et 14 ans, de rencontrer un adulte qui, dans son domaine, fait autorité. Pas un adulte « autoritaire », mais quelqu’un dont la parole est vraie et donne confiance dans la vie.

Respecter le rythme de développement de l’enfant

une maman et son enfant dans la neige raquettes aux piedsOn ne demande pas à un enfant de 6 ans d’avoir les mêmes facultés qu’un enfant de 10 ans. 

L’enfant se développe selon trois périodes : la petite enfance (de la naissance à 7 ans), l’enfance (de 7 à 14 ans) et l’adolescence. Durant la petite enfance, le jeu libre permet à l’enfant de se forger des images intérieures, développer son imagination, sa concentration et son autonomie. 

Pour aller plus loin, retrouvez notre article sur le jeu libre.

Il est également un être en mouvement. Dans cette période, l’enfant a besoin de bouger. Il n’est donc pas encore prêt pour des apprentissages formels (écriture, lecture, calculs, etc.). 

De 7 ans à 14 ans, on assiste à son développement psychique. La mémoire, l’imagination, la faculté de pensée s’épanouissent. Dans cette septaine, le cap des 9 ans et des 12 ans, avec des nouvelles façons de penser, est l’occasion de toucher à leur réflexion, mais aussi leur sensibilité et à leur engagement volontaire.

La troisième septaine est celle du développement de la pensée critique. L’adolescent développe une conscience vive de la différence entre son monde intérieur et le monde qui l’entoure. Il veut définir ses propres relations, il apprend souvent par opposition, par contraste, par expérimentation (essai et erreur).

En étant conscient de ces périodes, l’enfant est accueilli et accompagné au plus près de ses besoins et de son développement. 

Être conscient des paroles prononcées devant les enfants

Les enfants ne nous demandent pas d’être parfaits, mais au moins que nos actes soient en accord avec notre discours.

Dans leur 2ème septaine, les enfants sont toujours influencés par ce que nous faisons devant eux, mais ils sont maintenant très sensibles à ce que nous disons, car ils recherchent une autorité qui les guide, comme une jeune plante a besoin d’un tuteur pour fortifier sa verticale. Or l’autorité passe essentiellement par la parole.

La parole a un pouvoir créateur car pour s’exprimer, la pensée créatrice a besoin de la parole. « Que Lumière soit ! et Lumière fut. » (Genèse 1/3)

Si j’expose un projet, ou même un rêve que je crois impossible à réaliser, il suffit de rencontrer une compréhension, une parole d’encouragement, et tout devient possible ! Sans parler de la force créatrice d’un « Je t’aime » !

Dans nos sociétés intellectualisées, bavardes et superficielles, la parole a perdu l’importance qu’elle avait dans les sociétés de culture orale. « Être une femme ou un homme de parole », « Tenir parole », était à la base des rapports sociaux. Même si nous attachons beaucoup d’importance à ce qui est écrit, nos relations humaines reposent sur la confiance qui se dégage d’un vrai dialogue.

Quand la parole vient du cœur, que les syllabes sont bien articulées, sans maniérisme, le langage produit un courant vibratoire d’une grande puissance. Consciemment ou non, l’auditeur perçoit cette force et sait qu’il peut faire confiance à celui qui parle.

À l’inverse, faire la grosse voix, utiliser des « gros mots » ou un langage scatologique, n’augmente pas la force de persuasion de notre parole, bien au contraire.

Nos paroles, encore plus que notre physique ou notre gestuelle, révèlent subtilement ce que nous sommes. Les apparences peuvent être trompeuses, le ton de la voix ne l’est jamais.

Reconsidérer « qui je suis » pour m’améliorer dans ma parentalité

Ce qui agit sur les enfants c’est ce que nous sommes dans notre être profond. Nous ne pouvons rien cacher, nous ne pouvons ni tricher ni même nous excuser. L’enfant ne s’y trompe pas, il ressent immédiatement le niveau vibratoire de la personne qui est en face de lui. Il ressent si cette personne est bien incarnée, liée à son corps physique, mais ni trop ni trop peu. Est-elle prisonnière de sa corporéité, anxieuse ? Est-elle au contraire un peu « perchée », vivant dans l’illusion ? Est-elle angoissée ou heureuse ?

Quand notre volonté, nos forces de cœur et notre idéal (« notre étoile ») sont alignés, nous rayonnons. L’enfant sent que nous sommes en accord avec nous-même, et il sait qu’il peut s’appuyer sur nous pour grandir.

Bienveillance, sympathie, Amour

Les grands parents et la mère entourent avec bienveillance une enfant. Pour grandir physiquement, l’enfant a besoin de la lumière et de la chaleur du soleil, mais pour développer son humanité, c’est de « chaleur d’âme » dont il a surtout besoin. Car l’être humain est un être social qui se développe dans la bienveillance et la sympathie des personnes qui vivent avec lui.

Quand, avec amour, l’enfant est reconnu pour ce qu’il est, pour ce qu’il porte d’unique, il peut développer ce qui fait son humanité : sa capacité d’aimer. 

Car nous sommes aussi des êtres spirituels, et l’amour est la substance du monde spirituel. Rien n’existe, rien ne vit sans l’amour qui se propage comme le feu, d’un être à l’autre.

Éducation et liberté

Le grand rêve des matérialistes serait de remplacer les pédagogues par des machines et des écrans. Jusqu’à maintenant, tous les essais ont échoué. Très vite les enfants perdent leur motivation et « décrochent », car il leur manque l’essentiel : la présence d’un humain.

Les enseignants sont les mentors qui inspirent les enfants dans leurs apprentissages. Ils savent adapter leur discours à un public jeune, créent un lien affectif et émotionnel nécessaire aux apprentissages, ce que ne peuvent pas faire les écrans ou l’intelligence artificielle. 

Accéder à la liberté, c’est pouvoir agir à partir de sa conscience. Je fais, je dis ce que je pense, ce que je veux du plus profond de ce que je suis. Et cette liberté intérieure me permet d’assumer les contraintes qui s’imposent à moi : le caprice n’est pas la liberté.

La liberté ne se donne pas, ne s’enseigne pas, mais c’est une grande chance pour les enfants d’être éduqués par des êtres en chemin vers la liberté, conscients de leur être véritable, rayonnants d’amour, car seul l’humain peut éduquer l’humain.

Retrouvez chaque trimestre plus de conseils en Parentalité en vous abonnant au magazine Fanette et Filipin.

Roger Gandon né en 1944, est eurythmiste, pédagogue et conteur. Il écrit des contes pour les enfants et les adultes. Il participe à la rédaction du magazine Fanette et Filipin.

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