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Le blog de la revue enchantée

Le temps de jeu libre

Depuis la rentrée début janvier, les enfants ont été sollicités par l’école, les activités extra-scolaires, les devoirs, etc. Et pour certains, les vacances ne sont pas de tout repos : sports d’hiver, centre aéré, stages sportifs : pas le temps de s’ennuyer…Et si nous leur laissions plutôt du temps ? Et si les vacances étaient l’occasion de leur offrir des temps de jeu libre. Quand les parents acceptent que leur salon, leur terrasse ou leur jardin soient transformés en campement d’indiens ou en château-fort, c’est une grande chance pour les enfants. Car, entre le « jeu d’imitation » et les « jeux à règles », le jeu libre est une phase importante et fondamentale de leur développement. C’est à travers le jeu sans règle qu’ils se construisent à travers, se fabriquent des images intérieures et développent leurs facultés symboliques.

Marie Laure Viriot

« Je suis un chef Sioux ! Et là, c’est mon tipi »

Le temps de jeu libre un moment de construction pour l’enfant

Le jeu est une activité dans laquelle il n’y a pas d’obligation de résultats, mais pour les enfants, c’est une activité très sérieuse qui leur permet de développer leurs capacités physiques et mentales et de se construire en tant qu’êtres humains. On sait aujourd’hui que c’est par le jeu que les enfants acquièrent les facultés dont ils auront besoin durant toute leur vie.Les petits enfants commencent par jouer en imitant les adultes qui les entourent. Ils jouent avec l’essoreuse à salade (pour faire comme papa !) puis à la fermière, à la marchande, au cirque, au chauffeur de bus… Et si on écoute comment un enfant parle à sa poupée ou à son cheval, on peut entendre comment on lui parle à lui…Puis, à partir de quatre ou cinq ans, les enfants se mettent eux-mêmes en scène, dans le temps et l’espace, avec des histoires plus ou moins inventées, en utilisant des accessoires.Le jeu autonome leur permet de donner libre cours à leur imagination, sans avoir à se conformer à la réalité, et de développer leurs facultés symboliques.

L’imagination est la faculté de créer des images intérieures

image colorée enfant déguisé en pirate chercher un trésor dans une malle

Marie Laure Viriot

À partir de trois ans – dès qu’ils peuvent avoir des souvenirs – les enfants se créent des images intérieures. Cela leur permet de dessiner et de peindre, mais aussi d’avoir une image d’eux-mêmes, de se représenter. Puis, entre 4 et 7 ans, le jeu autogéré par l’enfant est l’occasion privilégiée de laisser monter des images inconscientes, de permettre à une intuition, encore vague, de s’exprimer : Qui suis-je vraiment ? Qu’est-ce que je viens faire sur terre ? Nous sommes là devant les forces d’Imagination les plus mystérieuses, et les plus sacrées de l’être humain. Le jeu libre est d’ailleurs aussi utilisé en thérapie, avec des adultes.Le jeu peut être le miroir d’un passé, mais il préfigure aussi l’avenir. Face à l’avenir, l’enfant se trouve devant une multitude de possibles alors que le monde qui nous entoure est la concrétisation d’une seule possibilité, parmi beaucoup. Dans ses jeux, l’enfant s’invente des futurs possibles. Aussi ses jeux sont-ils imprévisibles, car pour l’enfant, tout est encore possible !

Les temps de jeu sans consigne contribue au développement de la faculté symbolique

Le jeu libre est aussi l’occasion pour l’enfant d’utiliser le monde qui l’entoure de façon symbolique. « Le tapis, ça seraitun étang », et ces deux tables empilées, « ça serait mon château ».Observez les enfants qui jouent : ils utilisent le mode conditionnel bien avant de maîtriser l’indicatif, car la confiance en leur pouvoir magique est sans limite.

Le symbolisme est ce qui nous permet d’utiliser un objet visible pour signifier quelque chose d’invisible. Par exemple, un drapeau peut symboliser une nation. Dans le jeu par imitation, des petits cailloux tenaient déjà lieu des petits pains de la boulangère !
Mais c’est dans le langage que la fonction symbolique se manifeste le plus : des sons, quelques lettres écrites, peuvent représenter des choses présentes ou non, peuvent signifier des réalités idéales. Cette fonction symbolique est le propre de l’être humain.

Les enfants donnent des noms à leurs jeux, aux personnages, aux lieux du jeu, ce qui renforce leur caractère symbolique. La fonction de seuil, par exemple, est très importante : si un passage a été défini comme étant la porte, il n’est pas question de rentrer dans le jeu sans passer par cette porte !
Dans le jeu, l’enfant ne met pas seulement en scène ce qu’il pourrait être : il construit des situations pour entrer en relation avec les autres qui veulent bien tenir un rôle dans son histoire ; et inversement quand il accepte d’entrer dans le jeu d’un autre. Par là, il apprend ce que signifie de vivre avec d’autres dans une même histoire, il apprend à coopérer.

Remettre les temps de jeu libre au cœur du développement de l’enfant : quelques conditions

Fanette danse déguisée en indienne

Célia Portail

Des enfants livrés à eux-mêmes n’ont pas la sécurité nécessaire pour jouer librement ; c’est aux adultes de donner les conditions pour que le jeu libre soit possible.Par opposition au travail – qui désigne quelque chose que je dois faire et qui me demande un effort – le jeu est une activité qui n’est pas liée à la nécessité d’un résultat. iI est facultatif, gratuit, il est libre ! Les enfants savent qu’ils peuvent jouer comme ils veulent, sans nécessité de se conformer à la réalité.
Les adultes doivent intervenir le moins possible dans les jeux libres, et surtout ne pas en suggérer le thème ! S’ils pensent devoir intervenir, ce sera avec la plus grande délicatesse, pour relancer un jeu contrarié par un événement extérieur, un jeu dont les enfants ont perdu le fil ou qui dégénère.

C’est incroyable, mais les enfants ont de moins en moins de temps pour jouer ! Entre l’école, les devoirs et les activités encadrées, il est de plus en plus difficile de trouver un peu de temps pour jouer dehors, tout simplement, librement. Et le soir, au moment de se coucher, les enfants disent souvent d’un air désespéré : « mais je n’ai même pas eu le temps de jouer aujourd’hui ! »
Leur donner du temps pour jouer, cela veut dire : ne pas surcharger les emplois du temps et surtout ne pas perdre du temps devant la télé ou autre. Dans les jardins d’enfants des écoles Waldorf-Steiner, une heure, au moins, est prévue chaque matin dans l’emploi du temps, pour le jeu en autonomie. Car un jeu non-dirigé prend du temps. On entend d’abord : « Ah, j’ai une idée ! » Et c’est parti ! Le jeu prend forme peu à peu, se construit avec des éléments de décor, des accessoires qu’il faut rassembler ; il se précise avec l’arrivée de nouveaux partenaires. Un jeu peut être repris plusieurs fois.
Il faut parfois savoir arrêter un jeu avant qu’il ne dégénère. Une heure semble une bonne durée à proposer, avant de revenir dans la réalité…

Proposer de l’espace disponible

Comment jouer dans le salon quand il ne faut surtout pas casser le vase ou salir la moquette ? Comment faire une cabane si on ne peut pas mettre une nappe sur le sèche-linge ? Par contre, s’il y a dans la pièce, des tissus, des pinces-à-linge, des planches, des cordes, des tables de différentes tailles, des coussins… cela facilite le jeu. En adaptant certaines pièces de la maison aux enfants, vous leur assurez un espace dans lequel ils peuvent laisser librement épanouir leur imagination.On peut aussi jouer librement dans le jardin, dans la forêt, et même dans un lit d’hôpital.

Permettre aux enfants de choisir leurs camarades de jeu

Dans un grand groupe, avec des enfants d’âges différents, les enfants ont le droit de choisir leurs compagnons de jeu ! Sur ce point très délicat, si l’adulte intervient, il doit le faire avec un extrême respect des liens individuels de sympathie et d’antipathie dont il ne connaît pas les raisons profondes…
Un enfant a également le droit de jouer seul, de se raconter une histoire, d’être le roi d’une île déserte, comme Robinson Crusoé !

Leur proposer des images

Les histoires que nous racontons aux enfants, les spectacles de marionnettes que nous leur montrons, sont d’une grande importance, car les enfants ont besoin d’images pour nourrir leurs jeux libres. On voit qu’ils peuvent en manquer quand ils sont mis dans des conditions de stress ; et quand un enfant ne joue qu’à la guerre, on peut se demander d’où viennent ces images.Par ailleurs, nous enrichissons l’imaginaire des enfants quand nous leur parlons, non pas seulement du monde utile qui les entoure, mais aussi de ce qui est plus subtil, par exemple les êtres élémentaires, les êtres qui veillent sur nous ou le château d’or où nous allons chaque nuit…

Les chercheurs ont remarqué un déclin progressif de la pensée créative des jeunes enfants depuis les années 50. Par contre, en leur donnant l’occasion de jouer librement, nous renforçons leur imagination, nous les aidons à développer leur créativité culturelle et leur possibilité d’agir dans la vie sociale. Les enfants qui ont eu la chance de jouer librement sont plus heureux, plus enclins à coopérer et plus résilients. On peut dire que le temps de jeu libre est en fait une préfiguration de ce que sera, pour ces enfants, leur vie culturelle : le théâtre, la littérature et tous les arts.

Mais pendant que nous discutons, les bisons se sont échappés… « Vieille-lune-aux-cheveux-couleur-de-neige a parlé : Hugh ! »

Roger Gandon

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