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Le blog de la revue enchantée

Carnaval et mardi-gras : origines et signification

L’hiver n’en finit pas. Le mois de janvier s’éternise. Ce temps maussade, qui dure depuis des mois, nous pèse, et nous attendons impatiemment un renouveau. Depuis l’Antiquité, à partir de février, les humains ont exprimé ce « ras-le-bol » et cette attente en organisant des fêtes. Comprendre carnaval et mardi gras en explorant leur origine et leur signification permet d’apporter du sens à ces célébrations qui se perpétuent encore aujourd’hui. De Babylone à la Grèce antique, en passant par Rome, ces fêtes dites « païennes » ont été transformées avec l’avènement du catholicisme. Carnaval et mardi gras ont la double fonction d’être des fêtes annonciatrices du printemps et d’être des exutoires en inversant les rôles.

Carnaval et Mardi gras : histoires et traditions de Babylone à la Rome antique

Plusieurs enfants déguisés dans une grande farandole

Martine Dubiez

Les fêtes originelles : Sacées, Bacchanales et Saturnales

Au IIe siècles avant notre ère, dans l’ancienne Babylone, les Sacées sont organisées en l’honneur d’Anaïtis, la déesse de la fécondité. Ces fêtes duraient cinq jours. À cette occasion, l’ordre établi était inversé : les maîtres devenaient esclaves et les esclaves des maîtres, les enfants des adultes et un prisonnier régnait à la place du roi pendant quelques jours avant son exécution. 

Aux mêmes dates, les Grecs fêtaient Dionysos, dieu de la fécondité et du vin. À l’origine, cette fête était célébrée en secret par les femmes puis elles devinrent publiques. Ces Bacchanales sont restées célèbres pour leurs orgies. 

À Rome, c’étaient les Saturnales, en l’honneur de Saturne, dieu du temps, marquées elles aussi par l’inversion des rôles. Ces festivités pouvaient durer jusqu’à sept jours. Pendant ces divertissements, les esclaves s’habillaient en rois et les hommes en femmes. C’était également l’occasion de profiter de mascarades dans toute la ville pendant plusieurs jours.

Comprendre l’inversion des rôles des fêtes antiques : Une vision cyclique du temps

Dans l’Antiquité, les humains avaient une représentation cyclique du temps. Ils le symbolisaient par une roue qui tourne. Et pour de nombreux peuples, comme les Celtes, quand une période était terminée, la roue repartait dans l’autre sens. 

On comprend alors d’où vient cette idée qu’à un moment, tout s’inverse. L’ordre établi est remis en cause : les premiers deviennent les derniers, le roi fait le fou, et le fou devient roi, les hommes se déguisent en femme, les femmes en homme. Et les conventions sont « suspendues », pour un moment.

C’est le christianisme qui a donné une conception linéaire du temps avec un commencement, une « création » et une fin, une « eschatologie ». Ce qui donne un sens à l’Histoire.

Du carrus navalis au carnaval : les origines possibles des chars de carnaval

Nous trouvons sur des vases datant de la Rome antique, des représentations d’une barque portant la statue de Dionysos. Ce « carrus navalis » était tiré sur la rive par des jeunes gens. Quand ce « char venu de la mer » – le « car naval » – touchait terre, on voyait qu’il était équipé de quatre roues. Tiré par des chevaux, il pouvait se déplacer sur la terre ferme plus vite que sur l’eau !

Le carnaval est probablement hérité d’une longue tradition dont nous avons un écho dans L’oie d’or et dans L’oiseau-griffon. Dans ce conte de Grimm, la fille du roi est guérie, mais celui-ci exige de Jean une nouvelle épreuve : il doit construire « une barque qui navigue plus vite sur la terre ferme que sur l’eau ». Et Jean construit ce « car naval ».

L’évolution des espèces s’est faite de l’élément liquide à l’élément solide, et c’est sur la terre ferme que l’humanité s’est développée. Ce char naval évoquerait-il cette évolution lointaine de l’être humain ?

Par ailleurs, les êtres humains ont longtemps pensé le monde vivant en images colorées : nous en avons le reflet dans le langage des contes et des mythologies. Les philosophes grecs, quant à eux, ont apporté la notion de « concepts » précis et stables. Cette forme de pensée, réfléchie par le cerveau, permet de bien analyser le monde physique. Et cette pensée intellectuelle liée au physique, « à la terre ferme », est infiniment plus rapide que la pensée vivante qui évoque l’élément aquatique. Le « car naval » symboliserait bien cette évolution.

La tradition de fêter carnaval avec un défilé de chars animés et fleuris, vient peut-être de ce « carrus navalis ». 

Le mardi gras de l’Église catholique : Limiter les excès du carnaval antique

Au Moyen-Âge, l’église catholique a de moins en moins toléré la persistance de ces fêtes païennes. Afin d’éviter tout risque de révolte en interdisant brutalement aux gens de se défouler pour fêter la fin de l’hiver, elle a créé mardi-gras.

La fête de Pâques est précédée d’une période de jeûne et de pénitence. Ce sont les quarante jours du carême. Avec, au milieu, une petite pause d’un jour : la mi-carême. Le mot Carnaval vient du latin médiéval « carnelevare » qui signifie « retirer » ou « enlever la viande » des repas. Il s’agit de supprimer la viande de la table durant toute la période du Carême ou autrement dit « le gras ». 

Le carême commence un mercredi, appelé le « mercredi des cendres », car c’est le premier jour de pénitence. Les cendres, c’est ce qui reste d’une combustion, d’un feu dévorant. Et « se coucher dans les cendres », ou « se couvrir de cendres », étaient des façons rituelles d’expier une faute, de faire pénitence.

C’est ce que fait librement Cendrillon : elle accepte d’abandonner son statut de princesse, et pour acquérir l’humilité et la faculté d’aller à l’essentiel, elle dort sous la cheminée, « dans les cendres ».

L’église catholique a institué le mardi-gras la veille de ce mercredi des cendres. Ce jour-là, il est permis de renverser – un peu – l’ordre établi, de faire la fête, de se déguiser, de chanter et de danser. L’expression mardi gras indique le contraste avec le carême pendant lequel les chrétiens « mangent maigre » en s’abstenant de viande.

La date de mardi-gras varie chaque année car la fête de Pâques est mobile. Très vite, mardi-gras a remplacé carnaval, mais dans certains endroits, les traditions du carnaval sont restées vivantes, comme à Venise.

Bonhomme carnaval, Caramantran, bonhomme hiver : le bouc-émissaire symbolique de Carnaval et mardi gras

Brûler Monsieur Carnaval et faire place au Printemps

Paysage enneigé, plusieurs enfants tirent un char sur lequel se trouve un bonhomme carnaval

Alexandra Jacquin

Aujourd’hui encore on retrouve sur les chars qui défilent lors des carnavals de grandes marionnettes. Ces personnages sont appelés suivant les régions : bonhomme hiver dans les pays froids, ou encore Caramentran en Provence (ou « Carême-entrant » en français), Den Paolig en Bretagne (pauvre homme en français), ou encore Monsieur Carnaval. Ils ont souvent pour caractéristiques d’être des personnages burlesques, des effigies grotesques.

Ils ont vocation à périr par le feu. Pour cela, ils sont composés de matériaux inflammables tels que de la paille, des fagots de bois, ou de branchages. Au XVIIIe siècle, dans certaines régions belges, les enfants partent faire du porte-à-porte pour récupérer les matériaux nécessaires au bûcher du bonhomme carnaval. 

Après un défilé en musique sur un char carnavalesque (le « carrus navalis »), la marionnette est exposée devant la foule. Elle fait l’objet d’un procès par une cour de justice. Des juges et avocats sont présents mais le verdict du procès est sans appel, c’est la condamnation. Le mannequin de bois est selon la coutume la plus répandue brûlé. 

Cette tradition s’explique par le fait qu’en brûlant Monsieur Carnaval, on met un terme à l’Hiver et on annonce l’arrivée du Printemps ! Monsieur Carnaval est le bouc-émissaire de tous les maux. Il représente en effet tous les aspects négatifs de l’Hiver, le froid, la tristesse, etc. En le brûlant, on laisse place aux couleurs chatoyantes du Printemps !

Animer le mardi gras avec les enfants

Dans l’école où j’ai enseigné, le jour de mardi-gras est très spécial. Dès le matin, les professeurs et les élèves arrivent déguisés. Pendant la matinée, des jeux de pistes par équipes permettent de retrouver les éléments du puzzle qui révèleront où est caché « Bonhomme carnaval ». 

Installé sur une charrette à bras, il est amené en grande pompe dans la cour de l’école. Et il faut le surveiller, car ce coquin est capable de se laisser enlever par des élèves farceurs.

Le repas du midi se déroule « à la Dagobert », c’est-à-dire à l’envers : on commence par le dessert, et on finit par les entrées. Repas de crêpes évidemment. Autrefois, quand le carême était sévère, il était interdit de consommer des œufs ou de les utiliser en cuisine, jusqu’à Pâques. Aussi le mardi-gras était la dernière occasion de faire des crêpes aux œufs. 

Tous les bonbons sont permis, sauf pour Dame Carême ! Vêtue d’un drap blanc, le visage entièrement blanc, elle se promène dans la fête, mais elle ne doit ni parler, ni sourire, ni manger. Pourtant, les enfants lui proposent plein de bonnes choses. Elle rappelle que demain, commence le carême.

L’après-midi, Bonhomme-carnaval fait face à un tribunal composé de professeurs et de grands élèves. On sait enfin qui a cassé le carreau de la cinquième classe avec un ballon : c’était lui ! Qui a fermé la porte des toilettes de l’intérieur ! Et plusieurs fois… Qui, un soir, a enfermé le chat dans une classe… et bien d’autres choses encore !

Le tribunal lit solennellement la sentence. Évidemment, pour tous ces méfaits, Bonhomme-carnaval est condamné à être brûlé. Ce qui est aussitôt fait. Et il disparaît dans un grand feu de joie, au milieu de chants et de danses.

Et finalement, carnaval ou mardi-gras, peu importe ! L’essentiel est d’en finir avec l’hiver et ses frimas, de faire le vide pour accueillir l’avenir. Et c’est l’occasion, pourquoi pas, de se rappeler que rien n’est définitif sur notre terre : une autre organisation sociale est possible, une autre vie est possible, un autre monde peut arriver ! 

Roger Gandonné en 1944, est eurythmiste, pédagogue et conteur. Il écrit des contes pour les enfants et les adultes. Il participe à la rédaction du magazine Fanette et Filipin.

Retrouvez chaque trimestre des idées pour vivre les saisons avec les enfants de 3 à 10 ans, en vous abonnant au magazine Fanette et Filipin.

Sources :

Bacchanales

Saturnales 

Carrus navalis

Bonhomme carnaval

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